L’industrie et le carbone
Sidérurgie
Historique
La première apparition de l’acier sous sa forme la plus primaire, c’est-Ă -dire du fer enrichi en carbone, se situe vers 1 700 ans avant J. C., chez les Hitties et les Chalybes, peuples d’Asie mineure (Caucase). Jusqu’à la fin du Moyen Age, le mode de fabrication est restĂ© le mĂŞme : dans un trou Ă mĂŞme le sol, parĂ© de pierres recouvertes de couches d’argile, des couches alternĂ©es de charbon de bois ou de bois et de minerais Ă©taient enflammĂ©es. La tempĂ©rature obtenue dans ces trous Ă©tait relativement basse Ă cause d’un manque d’entrĂ©e d’air. En effet, le soufflage Ă©tait effectuĂ© Ă l’aide de tiges creuses (chalumeaux) au travers desquelles on soufflait. Après un travail laborieux, une masse de mĂ©tal pâteuse et incandescente, appelĂ©e loupe, Ă©tait obtenue. Elle devait impĂ©rativement ĂŞtre battue (martelĂ©e) Ă©nergiquement Ă chaud afin de dĂ©barrasser le fer de ses scories (rĂ©sidus dus Ă la chauffe et au charbon de bois, comprenant certaines impuretĂ©s telles que de l’oxygène, du soufre, du phosphore). Ces loupes Ă©taient ensuite forgĂ©es sur un tas pour devenir des objets de la vie quotidienne (outils agricoles, bijoux) mais aussi des armes. La forge, endroit oĂą le mĂ©tal Ă©tait travaillĂ© Ă chaud par l’utilisation d’un marteau, Ă©tait installĂ©e Ă proximitĂ© du foyer oĂą s’élaborait le mĂ©tal.
La fabrication de fer quasi pur n’est apparue en Gaule que vers 500 avant J. C. grâce au perfectionnement des fours. En effet, les Celtes et les Gaulois avaient surĂ©levĂ© le foyer et amĂ©liorĂ© le rendement en augmentant le tirage et la combustion. Grâce Ă un soufflet manuel confectionnĂ© Ă partir de peaux de bĂŞtes cousues entre elles, la tempĂ©rature de combustion atteignait 1100 Ă 1200°C environ, ce qui permettait d’éliminer l’oxygène contenu dans le minerai et d’obtenir alors du fer peu carburĂ©. Ensuite, ces masses pâteuses Ă©taient aussitĂ´t martelĂ©es Ă©nergiquement. Des transformations ont Ă©tĂ© progressivement apportĂ©es au foyer qui devint un four « bas fourneau », perfectionnĂ© Ă son tour pour passer d’une production de quelques kilogrammes de mĂ©tal Ă 50 Ă 60 kilogrammes au Moyen Age. Pour extraire les loupes, les fours devaient ĂŞtre systĂ©matiquement dĂ©truits, ce qui obligeait la reconstruction de nouveaux bas fourneaux. Pour augmenter la production et le rendement, plusieurs fours fonctionnaient en parallèle mais les quantitĂ©s Ă©laborĂ©es restaient faibles.
Au XIIième et XIIIième siècle, le perfectionnement des fours s’accentue : les fours prennent de plus en plus de hauteur, ils sont conçus avec des pierres et des briques, le soufflage fait appel à la force hydraulique permettant d’atteindre des températures de plus en plus élevées. Le fer peut alors absorber du carbone en quantité croissante, ce qui fait que ce fer carburé fond à une température moins élevée et dissout alors une plus grande quantité de carbone. Les spécialistes de la sidérurgie fixent vers 1350-1400 l’élaboration accidentelle de fer carburé en fusion alors que jusqu’à ce moment-là , seule une masse pâteuse était réalisée. Ce nouveau matériau n’était pas ni malléable, ni forgeable car était très cassant et dur. Aussi, il pouvait être moulé pour fabriquer des ustensiles de cuisine, des canons, des ancres de bateau, des plaques de cheminée…La fonte était ainsi inventée et fabriquée à grande échelle (plusieurs tonnes par mois) dans les hauts fourneaux (4-6 m).
Au XVième siècle, la fonte permet de fabriquer du fer mallĂ©able et forgeable par dĂ©carburation du mĂ©tal dans des ateliers d’affinage. Cette Ă©tape de la production de mĂ©tal consiste Ă enlever les impuretĂ©s du mĂ©tal en fusion. Ses opĂ©rations ont lieu dans un rĂ©cipient sous vide, le mĂ©tal Ă©tant mis en rotation entre poche et rĂ©cipient Ă l’aide d’un gaz neutre (argon). De l’oxygène est insufflĂ© pour activer la dĂ©carburation et rĂ©chauffer le mĂ©tal. Ce procĂ©dĂ© permet une grande prĂ©cision dans l’ajustement de la composition chimique de l’acier que l’on nomme « mise Ă nuance ». Plusieurs procĂ©dĂ©s ont permis d’élaborer des matĂ©riaux perfectionnĂ©s : puddlage (affinage par brassage), convertisseurs Bessemer (affinage par insufflation d’air), Martin (utilisation de ferraille), Thomas (dĂ©phosphoration)… D’importantes Ă©volutions techniques ont peu Ă peu amĂ©liorĂ© les procĂ©dĂ©s d’élaboration de fer, fonte et d’acier : fonderie, forge, trĂ©filerie, laminoirs, marteaux hydrauliques…
La déforestation s’intensifiant, le charbon de bois fut remplacé par la houille vers 1650 puis par du coke. Avec le développement de l’électricité, les premiers fours à arc électrique sont apparus à la fin du XIXième siècle. Au début du XXième, les hauts fourneaux sont électrifiés puis on note l’apparition de fours à induction. Aujourd’hui, certains hauts fourneaux produisent jusqu’à 10 000 tonnes de fonte par jour.
Les caractéristiques physiques et mécaniques des alliages ont changé par l’ajout d’éléments spécifiques selon l’application désirée : nickel, chrome, manganèse, bore, magnésium, zinc, cobalt, titane, aluminium…Il existe plus de 3 000 nuances d’acier.
