Histoires de Carbone
Carbone végétal
Discussion
L’avantage de la conversion énergétique de la biomasse, par rapport aux autres sources énergétiques renouvelables, réside dans le fait qu’en plus de la production d’énergie, elle participe activement au traitement des déchets organiques. La valorisation et la mobilisation du carbone végétal contribueraient ainsi à la réduction de l’impact de nos activités sur l’environnement.
Une nouvelle carte politique énergétique va se créer. La biomasse offre une source d’énergie diversifiée et disponible localement, qui semble adaptée aux besoins locaux. Le prix des biocarburants serait plus stable et moins assujetti aux enjeux internationaux.
Néanmoins, la réflexion sur la valorisation du carbone végétal reste assez théorique. En effet, peu de progrès ont été faits en France et en Europe et les chiffres annoncés sur l’utilisation de la biomasse sont bien souvent de simples projections.
Plusieurs explications peuvent être avancées pour tenter d’élucider ce manque de réaction et d’engagement concret dans cette orientation dite écologique.
Les objectifs ambitieux de la gĂ©nĂ©ralisation de ces ressources « vertes » ne sont que depuis peu accompagnĂ©s d’un soutien mĂ©diatique et politique. Après les chocs pĂ©troliers et les diverses crises liĂ©es aux Ă©nergies fossiles, quelques Ă©tudes ont Ă©tĂ© menĂ©es pour diminuer notre dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique envers le pĂ©trole. Mais la rĂ©volution Ă©nergĂ©tique tant attendue tarde Ă avoir lieu. En effet, beaucoup d’acteurs (scientifiques, industriels, politiques) ont, volontairement ou non, minimisĂ©s et sous-estimĂ©s la pĂ©nurie d’énergies fossiles et les problèmes environnementaux liĂ©s Ă leur utilisation. Aussi, l’intĂ©rĂŞt pour les Ă©nergies dites renouvelables et la valorisation de la biomasse suit irrĂ©mĂ©diablement le cours du prix du baril de pĂ©trole. MĂŞme si, en apparence, la situation bouge, il reste Ă©normĂ©ment de travail Ă faire sur le sujet des solutions Ă©nergĂ©tiques alternatives.
Par exemple, la France s’est fixĂ© pour objectif Ă l’horizon 2010 :
d’incorporer 7 % de biocarburants dans les carburants fossiles,
d’augmenter le recours Ă la biochaleur de 50 % entre 2005 et 2010,
de produire 21 % d’Ă©lectricitĂ© Ă partir de la biomasse ou d’autres sources tels que le solaire ou l’Ă©olien.
Mais ces objectifs ne pourront être atteints sans un réel engouement et la prise de mesures concrètes et immédiates.
Une des raisons freinant le développement de la diversification et de la décentralisation de l’énergie est le coût des investissements aussi bien technologiques (évolution et mise au point des filières de conversion et valorisation de la biomasse, optimisation des qualités des produits et du rendement) et économiques (réorganisation des systèmes actuels, recherche, emploi à créer).
De plus, le prix de ces biocarburants et bioproduits doit rester attractifs pour que les consommateurs soient motivĂ©s pour les utiliser. Pourquoi ne pas jouer sur la concurrence pĂ©trole / biocarburants ? Et les filières « biomasse » doivent ĂŞtre bien Ă©videmment rentables.
Un aspect à ne pas oublier est que le potentiel de substitution du carbone fossile par du carbone végétal est lié à la productivité des cultures et au rendement énergétique. Le rendement se modifie selon les étapes de production (champ, forêt) et de transformation ou de conversion industrielle en combustible.
Une des questions, qui revient souvent lorsque est abordé le thème de la substitution du carbone fossile par le carbone végétal, est de savoir si les gisements de biomasse sont suffisants pour satisfaire nos besoins futurs.
Beaucoup pensent que ce remplacement est utopique et très discutable car rouler totalement aux biocarburants nécessiterait des disponibilités en terres arables qui sont considérables et hors de portée. En effet, pour produire 50 millions de tonnes équivalent pétrole, il faudrait mobiliser durablement 3 à 4 fois la superficie des terres agricoles actuelles, quitte à supprimer les forêts, les prairies…et les villes !). A titre de comparaison, en 2002, la France a consommé près de 95 millions de tonnes de pétrole, dont 50 millions dédiés aux transports. Au niveau mondial, les 1 400 millions d’hectares de terres arables disponibles permettraient de couvrir 40 % de nos besoins énergétiques, en supposant que l’intégralité des récoltes soient destinées à la production de biocarburant.
De plus, le fait que la production de cultures « biomasse » nĂ©cessite davantage de terres agricoles pourrait interfĂ©rer avec le besoin de terres pour la production de denrĂ©es alimentaires, et pourrait mĂŞme, selon certains, aggraver la famine dans le monde.
Une autre remarque est faite sur le fait que les biocarburants sont bien souvent utilisés comme additifs aux essences traditionnelles. En effet, on ne trouve des automobiles roulant avec 100 % de biocarburant qu’au Brésil. Une modification des moteurs est nécessaire pour autoriser de l’alcool pur et la France ne semble pas prête à autoriser l’évolution du parc automobile. De plus, certains biocarburants ont un mauvais rendement brut, ce qui sous-entend l’obligation d’améliorer le système.
Un point souvent mis en avant pour favoriser et lĂ©gitimer la valorisation de la biomasse est les bĂ©nĂ©fices environnementaux liĂ©s Ă la substitution de l’énergie fossile par la bioĂ©nergie. Les biocarburants n’émettent-ils aucun gaz Ă effet de serre ? Beaucoup de contradictions existent Ă ce sujet et la question est loin d’avoir trouvĂ©e une rĂ©ponse complète. Certains parlent d’une rĂ©duction de 80 Ă 90 % en rejets nocifs pour l’environnement, en prenant en compte les Ă©missions dues aux consommations intermĂ©diaires (engrais, engins agricoles, procĂ©dĂ©s de transformation). D’autres estiment qu’aucune production d’énergie n’est Ă 100 % « propre » et que la limitation en dioxyde de carbone ne doit pas occulter les autres composĂ©s rejetĂ©s par le carbone vĂ©gĂ©tal lors d’une agriculture intensive (N2O, CH4). De plus, peut-on rĂ©ellement parler d’avantages environnementaux quand on imagine la consommation d’eau et d’engrais que vont demander ces cultures ? Que penser de l’appauvrissement progressif du sol et de son Ă©rosion ? N’oublions pas non plus que certaines rĂ©gions demanderont d’ĂŞtre dĂ©boisĂ©es engendrant une possible rĂ©duction de la biodiversitĂ©.
Nous devons aborder le sujet dans sa globalité afin de bien appréhender les problèmes et avant de considérer la biomasse comme une énergie renouvelable et verte.
