Le carbone sous toutes ses formes
Charbon actif

 

Fabrication

Un schéma illustrant le principe de fabrication des charbons actifs est téléchargeable. Il facilitera la lecture de cet article.

Le charbon actif est obtenu par pyrolyse de diffĂ©rents composĂ©s organiques : bois, coques de fruits (noix de coco), noyaux de fruits, bambous, os, charbon, lignite, tourbe et rĂ©sidus pĂ©troliers.

Le matériau est calciné en absence d’oxygène pour obtenir un solide amorphe riche en carbone. La structure et la nature chimique d’un charbon actif évoluent tout au long des processus de fabrication. Sa structure est formée de feuillets de carbone arrangés de manière irrégulière laissant des interstices entre eux. Ainsi, le matériau ne possède qu’une porosité rudimentaire dite primaire (pores trop petits ou en nombre restreint) et ne peut être employé comme adsorbant sans un traitement complémentaire. En conséquence, le pouvoir adsorbant du charbon est créé ou augmenté en éliminant par un procédé d’activation les goudrons et autres matières carbonées désorganisées issues de la décomposition du composé organique qui obstruent les pores.
La structure interne du composĂ© activĂ© est constituĂ©e d’un assemblage alĂ©atoire de « cristallites » polyaromatiques appelĂ©s UnitĂ©s Structurales de Base (USB). Comme l’ordre dans lequel les feuillets sont empilĂ©s est moins parfait que dans le cas du graphite, on parle d’une structure turbostratique que l’on retrouve dans les noirs de carbone.
L’espace libre entre ces feuillets constitue la microporosité du matériau.

ReprĂ©sentations d’un modèle d’USB (Ă  gauche) et d’une microstructure de charbon actif (Ă  droite). - 41.2 ko
Représentations d’un modèle d’USB (à gauche) et d’une microstructure de charbon actif (à droite).
SchĂ©ma de droite selon Stoeckli, « Microporous carbons and their characterization : the present state of the art », Carbon 28-1, 1990, p 1-6.

Dans le cas de la production de charbon actif à partir de houille bitumineuse, la matière première est pulvérisée puis agglomérée et broyée. Une étape de cuisson précède l’activation.

Il existe deux procĂ©dĂ©s d’activation, l’activation physique et l’activation chimique :

* Le matĂ©riau brut est carbonisĂ© Ă  une tempĂ©rature d’environ 600°C pendant 6 Ă  8 heures. L’activation physique consiste en une oxydation du carbonisat obtenu Ă  haute tempĂ©rature (750-1000°C) par un agent gazeux faiblement oxydant pendant 24 Ă  72 heures. Les gaz principalement utilisĂ©s, seuls ou en mĂ©lange, sont l’air, la vapeur d’eau ainsi que le dioxyde de carbone. Le carbone est consommĂ© par la rĂ©action :

C + H2O -> CO + H2

2 CO + O2 -> 2 CO2

2 H2 + O2 -> 2 H2O

La rĂ©action progresse plus facilement suivant les directions oĂą le carbone est moins dense : elle crĂ©e ainsi des tunnels, dĂ©veloppant la microporositĂ©. Ce procĂ©dĂ© est donc limitĂ© par le transport du gaz oxydant au sein du matĂ©riau, ce qui peut conduire Ă  une inhomogĂ©nĂ©itĂ© de la porositĂ©. Le contrĂ´le de la tempĂ©rature est un paramètre important : en dessous de 800°C, la vitesse de rĂ©action est trop lente et Ă©conomiquement inintĂ©ressante. Au-delĂ  de 1000°C, la rĂ©action Ă©rode le matĂ©riau dont la taille rĂ©duit considĂ©rablement tandis que l’intĂ©rieur du carbonisat reste inactivĂ©. De plus, la maĂ®trise du procĂ©dĂ© doit ĂŞtre complète pour crĂ©er une taille des pores bien dĂ©finie, uniforme et adaptĂ©e aux applications visĂ©es. GĂ©nĂ©ralement, les charbons actifs produits par cette activation physique prĂ©sentent une structure poreuse fine.

En ce qui concerne le procĂ©dĂ© chimique, la carbonisation et l’activation sont rĂ©alisĂ©es simultanĂ©ment entre 400 et 600°C en prĂ©sence de catalyseurs d’oxydation : acide phosphorique, acide sulfurique, sulfure de potassium, chlorure de zinc (interdit pour les applications agroalimentaires), sels de cuivre, potasse... Ces agents chimiques favorisent la dĂ©shydratation. Le matĂ©riau brut est imprĂ©gnĂ© de ces agents mis sous forme de pâte puis ce mĂ©lange est chauffĂ©. La rĂ©organisation structurale permet de dĂ©velopper une microporositĂ© et une mĂ©soporositĂ© par Ă©largissement du diamètre des pores. La taille des pores dans le charbon actif final est dĂ©terminĂ©e par le degrĂ© d’imprĂ©gnation : plus celui-ci est Ă©levĂ©, plus le diamètre des pores est grand. GĂ©nĂ©ralement, les charbons actifs produits par cette activation chimique prĂ©sentent une structure poreuse ouverte (les pores dĂ©bouchent Ă  la surface du grain), idĂ©ale pour l’adsorption de grosses molĂ©cules.

Le degrĂ© d’activation (ou taux d’activation) est un facteur important. Il est souvent appelĂ© « burn-off » et caractĂ©rise la qualitĂ© de la porositĂ©. En effet, la rĂ©action d’activation produit un matĂ©riau poreux de masse infĂ©rieure Ă  sa masse initiale. Le degrĂ© d’activation ou le burn-off augmente avec la durĂ©e de l’activation.
Burn-off (%) = ((masse initiale) – (masse finale)) x 100 /(masse initiale)

La fabrication des charbons actifs s’achève par un lavage à l’eau pure ou des acides minéraux pour éliminer les cendres. Ensuite ont lieu des opérations de granulations, de tamisage et de conditionnement. Leurs caractéristiques et performances sont déterminées ou vérifiées par des tests en laboratoire.

Producteurs :
Il existe plus de 100 sociétés fabricant du charbon actif, dont une trentaine de producteurs principaux. Citons Norit, Calgon Carbon Corp (Chemviron Carbon en Europe), CECA, PICA, DESOTEC, Carbo-Tech, Jacobi Carbons…